top of page

The Ascent : un vertige nommé Oriane Bertone

Dernière mise à jour : il y a 19 heures

C’est le genre de film qu’on pensait calibré pour l’exploit. Et puis l’exploit n’a pas eu lieu. Projeté au Grand Rex en mai 2024, juste avant les Jeux olympiques, The Ascent se voulait le prélude d’un accomplissement. Le portrait d’une grimpeuse prodige à l’aube d’un sacre. Aujourd’hui, le film est disponible en accès libre sur YouTube, avec en arrière-plan une performance olympique passée sous silence. Et si sa résonance a changé, c’est peut-être pour le mieux. Car il ne raconte pas un triomphe. Il raconte un vertige.


The Ascent

Un film tourné dans l’élan


Au moment de sa sortie, The Ascent pouvait sembler taillé pour l’hagiographie : format 52 minutes, voix off absente, silences éloquents, témoignages calibrés. Le tout monté juste avant que les grimpeuses et grimpeurs ne s’envolent pour Paris. Oriane Bertone apparaissait comme une évidence. Sa trajectoire, un fil tendu vers la médaille. Le récit était prêt.


Mais les Jeux n’ont pas confirmé la prophétie. Oriane n’a pas décroché l’or, ni même le podium. Les projecteurs ont bifurqué. Et le film est resté en plan, suspendu dans un entre-deux. Ce n’est qu’aujourd’hui, avec la distance, qu’il prend une nouvelle force. Non pas celle d’un démenti, mais celle d’un regard plus nu.


Un documentaire sans maquillage


Car The Ascent, en réalité, ne promet rien. Il ne met pas en scène une héroïne, mais une jeune fille en construction, filmée dans les creux, les nœuds, les frottements. Il y a Oriane à huit ans, minuscule sur un 7B/V8 nommé Pole Dance pour Vieux, puis Oriane qui pleure à Rocklands, qui s’acharne sur Golden Shadow, qui regarde son père avec cette expression que seuls les enfants d’athlètes savent maintenir : entre la demande de validation et l’ombre d’un doute.


C’est un film qui ne cherche pas à convaincre, mais à comprendre. Il montre la grimpe comme une langue intime, chargée de conflits. Un espace de dépassement, oui, mais aussi de dépendance. Car tout au long du documentaire, la figure du père, Stefano, traverse le cadre. Il accompagne, encourage, gère, organise. Jusqu’à cette phrase qui claque comme une confession :


« J’ai perdu ma fille, en tant que grimpeuse. »

Une relation, une tension


Il serait trop simple de réduire le film à un récit d’émancipation tardive. Ce que capte The Ascent, c’est la complexité d’un lien. Une complicité réelle, mais tissée trop serré. Une transmission réussie, mais peut-être prématurée. Un amour inconditionnel, mais devenu condition pour grimper. Le documentaire ne tranche pas. Il observe. Et il laisse affleurer ce que beaucoup préfèrent taire : dans le haut niveau, il n’y a pas que le sport qui s’abîme. Il y a parfois le lien.


Alors quand Oriane déclare, posément : « Ce n’était pas mon projet. C’était le leur. », on comprend que ce n’est pas une rupture. C’est un déplacement. Le moment où l’on arrête de grimper pour faire plaisir. Et où l’on commence à grimper pour ne pas tomber.


Une trajectoire encore mouvante


Depuis les JO, Oriane a disparu des radars médiatiques. Mais pas des esprits. Pas des salles. Pas des circuits. En février dernier, elle remporte à nouveau le championnat de France de bloc. Un retour sans flonflons, mais avec du poids. Car ceux qui suivent la scène savent que tout reste possible. Que l’histoire est encore en train de s’écrire.


Et c’est là que The Ascent devient fascinant : il est le document d’un avant. Un film réalisé juste avant que tout bascule, mais qui contient déjà, en creux, les éléments de la suite. Ce n’est pas un bilan. C’est un instantané. Une radiographie à ciel ouvert d’une jeune athlète saisie au moment où son projet cesse d’être porté pour devenir assumé.


Regarder autrement


Le film est désormais libre d’accès. Et il mérite d’être vu, ou revu, avec ce léger recul que permettent les mois écoulés. Non pas pour mesurer l’écart entre les promesses et les résultats, mais pour entendre, dans les interstices, ce que le sport dit de plus vaste : le lien, la peur, la résistance, l’abandon, le retour.



Chez Vertige Media, on ne cherche pas les récits parfaits. On préfère ceux qui laissent une cicatrice. Qui disent ce qu’on ne dit pas, surtout quand le silence est poli. Ce film n’est pas un manifeste. C’est un murmure lucide, parfois cruel. Et c’est pour ça qu’il compte.

PLUS DE GRIMPE

bottom of page