Grimpeuses en France : derrière les prises, une histoire de prises de position
- Pierre-Gaël Pasquiou
- il y a 4 jours
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : il y a 17 heures
Dans l’escalade, les statistiques ressemblent à ces prises qu’on pensait connaître par cœur jusqu’au jour où elles glissent sous nos doigts. Prenez ce chiffre : 37 %. Voilà la proportion actuelle des femmes parmi les grimpeurs français. Pas encore la parité, mais largement de quoi secouer les vieilles représentations d'un sport historiquement "entre barbus".
Chez Vertige Media, on aime les prises fuyantes. On s’est donc penché sur ce chiffre, pour découvrir qui sont ces grimpeuses qui, à l’ombre des prises en résine, font doucement bouger les lignes.

Une nouvelle vague féminine (et enthousiaste)
Premier constat : les femmes sont en train de prendre la main sur la génération néo-grimpeurs. Parmi ceux qui découvrent l’escalade depuis moins de deux ans, elles représentent désormais 56 %. Pas besoin de chercher midi à quatorze heures pour comprendre que l’image du grimpeur solitaire à barbe longue prend du plomb dans l’aile.
Et ces nouvelles grimpeuses ne se contentent pas de venir en salle, elles adorent ça. Elles affichent une satisfaction de 4,84/5 lorsqu'elles débutent, soit plus élevée que leurs homologues masculins. C’est une lune de miel verticale. Mais jusqu’à quand ?
Une génération charnière
Cette vague féminine est jeune, mais pas seulement. Plus de 70 % des grimpeuses françaises ont moins de 35 ans, avec un vrai pic entre 25 et 34 ans. La grimpe attire donc une génération particulièrement dynamique, active et sociale, une génération pour qui le mur est autant un espace sportif qu’un lieu de rencontre et de sociabilité.
Mais ne réduisons pas tout à la jeunesse : les femmes entre 35 et 44 ans représentent également une part significative des pratiquantes. Actives, installées, souvent engagées dans leur vie pro et familiale, elles font de l’escalade un point d’équilibre entre leurs multiples vies.
Quant aux grimpeuses de plus de 45 ans, elles sont certes plus discrètes, mais elles sont bel et bien là, et surtout, elles sont très engagées. Un exemple éclairant ? Chez les 55-64 ans, la proportion de femmes pratiquant régulièrement en extérieur est proportionnellement plus élevée que chez les plus jeunes. Comme un pied de nez tranquille à tous les clichés sur l'âge et l'audace.

Mais l'expérience creuse parfois l’écart
Avec l'expérience, le paysage change un peu. Si les débutantes affichent un enthousiasme presque inconditionnel, celles qui cumulent quelques années de grimpe deviennent légèrement plus exigeantes. La satisfaction moyenne passe ainsi de 4,84/5 pour les débutantes à 4,73/5 pour celles qui pratiquent depuis plus de 5 ans. Rien d’alarmant, mais de quoi interroger ce qui, avec le temps, peut rendre une salle moins excitante : ouvertures trop répétitives, ambiance en berne, sentiment d’uniformité ?
Parmi les autres éléments étudiés, l’accès à l'extérieur reste un nœud : 30 % des grimpeuses interrogées ne grimpent jamais dehors (contre 23 % chez les hommes). Et pour celles qui franchissent le pas régulièrement, l’écart s’agrandit : seulement 19 % des femmes contre 30 % des hommes. Question de réseau, de matériel, ou d'autonomie ? Le mystère demeure, mais la barrière existe bel et bien.

La fidélité : une histoire de genre ?
Les chiffres nous disent aussi que les femmes affichent une fidélité plus marquée à leur salle habituelle. Parmi les 25-34 ans, la tranche phare de la grimpe actuelle, seulement un tiers des grimpeuses se montrent très mobiles, contre presque la moitié chez les hommes. Fidèles ? Prudentes ? Ou simplement attachées à un lieu qui leur ressemble ? Toujours est-il qu’elles papillonnent beaucoup moins.

Ce qu’on apprend en creusant encore
Chez Vertige Media, on aime se compliquer la vie. Alors, on a creusé encore un peu plus loin.
Moins fréquentes, mais plus heureuses ?
Derrière une apparente contradiction, on découvre que les femmes fréquentent moins souvent les salles que les hommes, notamment celles qui y vont trois fois par semaine ou plus. Pourtant, leur satisfaction globale reste supérieure, surtout chez celles qui n’ont jamais grimpé dehors (4,82 contre 4,71 pour les hommes). Moins de séances, mais une expérience mieux vécue ? La qualité primerait-elle sur la quantité ?
Fidèles en falaise, fidèles en salle
Autre subtilité : les femmes qui pratiquent régulièrement dehors restent davantage attachées à leur salle habituelle que leurs homologues masculins. Parmi les pratiquantes assidues de l'extérieur, 43 % restent fidèles à une seule salle ou n’en fréquentent qu’une occasionnellement, contre 34 % des hommes. Être nomade dehors ne signifie pas forcément être nomade dedans. Au contraire, cela renforcerait même leur besoin d’un lieu fixe, d’un cocon où reprendre leurs marques.
Téléchargez l’étude et creusez les chiffres
Cet article n’est qu’un échantillon des enseignements que révèle notre étude sur les grimpeurs en France. Au-delà du portrait des femmes grimpeuses, elle explore qui sont -dans leur globalité - les grimpeurs en France, où et comment ils pratiquent, ce qui influence leur fidélité à une salle, et comment varie leur rapport à l’extérieur.
Vous y trouverez aussi des analyses croisées entre les différents profils :
Les différences de pratiques entre hommes et femmes
Comment l’ancienneté influence la fréquence et la satisfaction
Pourquoi certains restent fidèles à une salle et d’autres papillonnent
Pour découvrir toutes ces tendances et leurs implications, il vous suffit de télécharger l’étude complète sur les grimpeurs en France.