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Climb Up en redressement judiciaire

Plusieurs entités du Groupe Climb Up ont fait l'objet d'une procédure de redressement judiciaire. Derrière cette actualité judiciaire se dessine la crise structurelle que traverse tout un secteur, né dans l'euphorie post-Covid et rattrapé par une réalité économique implacable. Quant à lui, le leader français des salles d'escalade privées préfère parler de « rebond ».


Climb Up en redressement judiciaire
© Climb Up

Le Groupe Climb Up a confirmé l'ouverture d'une procédure de redressement judiciaire devant le Tribunal des Activités Économiques de Lyon fin juillet 2026. Sont concernées : la holding Climb Up Investissements ainsi que quatre sociétés d'exploitation regroupant cinq salles — Cergy, Paris Aubervilliers, Caen, Orléans et Mulhouse-Wittenheim. Une période d'observation de six mois — renouvelable — a été ouverte, sous l'accompagnement d'un mandataire judiciaire. Le reste du réseau, soit 33 salles en France dont 5 sous licence de marque, continue de fonctionner normalement.


Cette annonce intervient dans un contexte de turbulences managériales au sommet du groupe. En mars 2026, l'ancien directeur général a démissionné. C'est Jean-Luc Croset qui vient d'être nommé à la tête de la direction générale, une prise de poste qui coïncide avec l'ouverture de la procédure. Il officie aux côtés de François Petit, président et cofondateur du groupe.


Dans son communiqué officiel, le groupe choisit d'emblée un registre offensif. Le titre en dit long : « Comment Climb Up prépare son rebond ? » La procédure y est présentée comme « une démarche de gestion responsable » et « une nouvelle étape » du développement du groupe. Toujours dans le communiqué, François Petit assume ce cadrage : « Climb Up a toujours été une entreprise de projets. Aujourd'hui, nous ouvrons une nouvelle étape de son histoire. Nous faisons le choix d'agir rapidement pour renforcer notre modèle, préserver ce qui fait notre force et continuer à développer l'escalade partout en France. Cette procédure est un outil qui doit nous permettre de préparer l'avenir dans les meilleures conditions ». Un discours résolument tourné vers l'avenir — pour un groupe qui vient tout juste de se placer sous protection judiciaire.


« Chez Climb Up, on a ouvert beaucoup de salles entre 2021 et 2022. Elles continuent de progresser mais depuis novembre 2024, on connaît une inflexion. Et depuis mars 2025, on subit une baisse de fréquentation par rapport à l'année dernière »

François Petit, PDG de Climb Up, en juillet 2025 dans les colonnes de Vertige Media



Fondé en 2007 à Lyon, Climb Up s'est imposé comme le leader français des salles d'escalade indoor. Fort d'un réseau de plusieurs dizaines de salles à travers le territoire, le groupe affichait 37 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2024 et nourrissait l'ambition d'atteindre les 100 salles d'ici 2031. Pour financer cette croissance, le groupe avait levé des fonds successifs : une première entrée de Bpifrance en 2017, puis une entrée du fonds Carvest, présent au capital jusqu’en 2019, et enfin une augmentation de capital d'environ 14 millions d'euros auprès de Calcium Capital, qui a pris une participation minoritaire dans la holding Climb Up Investissements.


Les racines du mal


Les signaux d'alerte s'accumulaient depuis plusieurs mois. Dans nos colonnes, François Petit reconnaissait déjà en 2025 une dégradation sensible des indicateurs : « Au global, le chiffre d'affaires descend de 3 %. Sur les salles historiques, c'est même 12 % de moins avec une fréquentation en baisse de 10 %. Chez Climb Up, on a ouvert beaucoup de salles entre 2021 et 2022. Elles continuent de progresser mais depuis novembre 2024, on connaît une inflexion. Et depuis mars 2025, on subit une baisse de fréquentation par rapport à l'année dernière ».


Derrière ces chiffres se trouve une série de chocs successifs. La pandémie de Covid-19 d'abord, qui a contraint le groupe à recourir à un prêt garanti par l'État (PGE, un dispositif de soutien public aux entreprises mis en place durant la crise sanitaire, ndlr). À ce prêt se sont ajoutés d’autres emprunts contractés pour financer l’expansion. « On a beaucoup emprunté. On a fait un PGE pendant le Covid, d'autres prêts. On est en train de tout rembourser », reconnaissait François Petit dans la même interview. Un endettement qui représentait alors 60 % des financements du groupe — un niveau élevé qui laissait peu de marge de manœuvre face aux turbulences à venir.


« Le contexte économique de l'escalade est dégueulasse. L'escalade grandit trop vite et on est en train d'en payer le prix »

Un ex-salarié d'une salle d'escalade privée sur Vertige Media


Puis, cette année, des vagues de canicule ont déferlé. Leurs effets sur la fréquentation des salles indoor se sont révélés plus marqués qu'anticipé. L'explosion des coûts de l'énergie a pesé lourd sur des structures dont la climatisation et l'éclairage représentent une charge permanente et incompressible. Le développement de la concurrence — nouvelles enseignes, salles indépendantes — a fragmenté un marché en pleine croissance. Et le ralentissement global de la consommation a fini par faire basculer l'équilibre. « Les Français ont moins confiance en l'avenir, ils mettent de l'argent de côté comme jamais ils n'en ont mis depuis les années 60. Le marché des loisirs est le premier impacté », analysait le président de Climb Up.

Le contexte du secteur ne laissait guère de place à l'optimisme. Vertical Art avait fermé sa salle lyonnaise en mai 2025. Plus tard cette année-là, c'est une salle Arkose à Lille qui fermait ses portes. Plus récemment, cette année, le Climbing Mulhouse Center mettait également la clé sous la porte. « Le contexte économique de l’escalade est dégueulasse », lâchait un ex-salarié de Vertical Art Lyon dans nos colonnes. « L’escalade grandit trop vite et on est en train d’en payer le prix. »


Pour comprendre la fragilité structurelle du secteur, il faut en saisir les fondamentaux. Ouvrir une salle de bloc, c'est entre 450 000 et 900 000 euros d'investissement. Pour les projets les plus ambitieux, la facture grimpe à plusieurs millions. Une fois ouverts au public, les établissements n’offrent guère de répit à leurs gestionnaires : loyers élevés pour des espaces vastes souvent situés en zone urbaine, factures d'énergie en hausse, remboursements de prêts, et masse salariale lourde — personnel d'accueil, moniteur·rice·s, ouvreur·euse·s qualifié·e·s. Résultat : une marge nette qui plafonne autour de 8 % du chiffre d'affaires. Un équilibre qui exige que la salle tourne à plein régime, et qui bascule dans le rouge au moindre grain de sable.


Vers un rachat de Climb Up ?


Alors, que va devenir Climb Up ? Une procédure de redressement judiciaire n'est pas, juridiquement, une liquidation. Elle ouvre une période d'observation destinée à évaluer les possibilités de redressement, sous le contrôle du mandataire judiciaire. Mais les statistiques invitent à la prudence : selon François-Charles Desprat, président du Conseil national des administrateurs judiciaires et mandataires judiciaires, environ 35 % des entreprises placées en redressement judiciaire parviennent à mettre en place un plan de continuation. Pour la majorité des entreprises, la procédure débouche sur une cession partielle ou totale, voire sur une liquidation.


Dans ce contexte, le scénario d'un rachat mérite d'être posé. Le marché français de l’escalade indoor reste attractif : une clientèle fidèle, des infrastructures en place, une marque reconnue. Pour un investisseur ou un concurrent en position de force, reprendre des entités en difficulté à un coût réduit peut représenter une opportunité rare d'accélérer son déploiement national. Climb Up, avec son réseau et son ancienneté sur le marché, constituerait une cible de choix pour qui voudrait s'imposer rapidement. Pour les salarié·e·s et les client·e·s, la période qui s'ouvre est incertaine. Les contrats de travail se poursuivent de plein droit, et les salaires sont garantis dans le cadre des mécanismes légaux prévus par la procédure. Mais l'issue reste ouverte.


Un signal pour tout le secteur


Au-delà du sort de Climb Up, c'est toute une industrie qui se retrouve face à ses propres contradictions. La décennie 2010-2020 avait vu l'escalade indoor exploser en France, portée par la popularisation du bloc, les Jeux olympiques de Tokyo et toute une génération en quête de loisirs actifs en ville. Les investissements avaient suivi : nouvelles ouvertures, levées de fonds, ambitions nationales.


Mais cette croissance rapide s'est construite sur un modèle économique structurellement tendu, très sensible aux aléas extérieurs. La crise de Climb Up ne dit pas que l'escalade indoor est condamnée — les structures qui ont grandi prudemment, sans surinvestissement ni endettement excessif, résistent mieux à la conjoncture. Elle raconte que l'ère de l'expansion tous azimuts est terminée. Le secteur entre dans une phase de consolidation, parfois douloureuse, où les acteurs les plus exposés — ceux qui ont le plus emprunté, le plus vite — sont les premiers à vaciller. La crise des salles d'escalade que Vertige Media documente depuis plusieurs mois trouve ici sa traduction la plus brutale.

 
 

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